Céramique vernissée dite « à la gaïtsa »

Son Histoire

Constantin Brancoveanu (1654-1714), prince de Valachie, connu pour son goût architectural et son engagement culturel, fit venir deux familles de potiers d’Athènes afin que ces derniers réalisent la vaisselle des nobles du palais.

Ainsi, la céramique à la gaïtsa migrait….
….Vers le milieu du XXe siècle, un grand maître potier : Victor Vicsoreanu s’inspira de la technique et y adapta son propre style.

Par la suite, de nombreuses familles s’approprièrent la technique et peuplèrent le village de potiers.
Aujourd’hui, la poterie est transmise de père en fils mais il ne reste que peu d’hommes et de femmes qui font que l’histoire continue.

Désormais Patrimoine des Arts Populaires de Roumanie, la céramique dite à la « gaitsa » est issue du centre de poterie le plus important du pays connu depuis le moyen-âge.

Les Techniques et décorations utilisées s’inspirent de méthodes liées au temps jadis de l’époque byzantine.

Les maîtres potiers

Au nord de l’Olténie, dans un paysage doux et montagneux, des familles partagent la vie paysanne et la vie d’artisan.

Ces hommes et ces femmes de tous âges nous rapellent au destin lorsqu’ils préparent leur terre, à la passion lorsqu’ils la manipulent et décorent leurs oeuvres, au courage lorsqu’ils affrontent la fièvre de leur four puis au respect lorsque le feu a jailli…

Les outils

Aussi bien rustique qu’ingénieux, les outils utilisés lors du cycle de fabrication ajoutent à cet art la manière.Certains outils ont été adaptés à l’électricité, notamment pour nettoyer, malaxer la glaise et préparer les couleurs afin de ne plus utiliser pieds et meulles manuelles.

En plus des outils traditionnels du potier, ceux-ci décorent leurs assiettes à l’aide d’un pinceau formé d’une corne et d’une plume d’oie, ensuite vient la « Gaïta », un morceau de bois auquel est fixé une fine tige qui permet d’étirer les couleurs du centre vers l’extérieur afin d’obtenir ces fameuses plumes de Paon.

 

De nombreuses étapes règlent le cycle de fabrication de cette céramique. Certaines sont physiques et dangereuses, d’autres appellent à la concentration et à la maîtrise

La Fabrication

Sur leur terre de cultures, les familles possèdent la glaise. A l’arrivée du printemps, chaque potier puise sa glaise entre 3 et 5m de profondeur. Cette opération est la plus dangereuse en cette saison où la terre est fragile et risque de s’effondrer. Une bonne partie de la récolte nécessaire au travail annuel sera alors puisée en plusieurs jours.
Ensuite, la terre est préparée, nettoyée de ces impuretés et malaxée, mélangée avec de l’eau : il s’agit de la plastification de la pâte.
Il en dépend la qualité des oeuvres futures.
Le  potier se retrouve alors face à son outil de prédilection. D’un geste continu et régulier de sa jambe, il s’engage à affronter les lois de la gravitation. Une phase d’efforts et de concentration dans un atelier chaud et humide. Alors, dans le silence, la respiration du potier rythme son effort.
A base de pigments minéraux naturels mélangés avec de l’eau, le potier prépare à l’aide d’une meule les différentes couleurs ou engobes nécessaires à la décoration : le blanc, le noir, le rouge, le vert, le jaune et le bleu.
Ensuite, chacun réalise des mélanges astucieux afin d’obtenir d’autres gammes de couleurs plus personnalisées.
Sûrement l’étape la plus fascinante, celle qui illumine et captive notre regard. Les potiers décorent avec grande finesse les pièces encore fraîches.
En partant du centre vers l’extérieure, alors que l’assiette tourne à petite allure, naissent les différents symboles retranscrits.
Dans un souci de symétrie et d’harmonie parfaites, le potier retient son souffle et passe alors dans l’univers des artistes…
Nous découvrons enfin le four à bois, au fond du jardin, certainement la pièce de tous les secrets…
Dans cette pièce, le potier dispose le four a bois soigneusement en rond et monte en étage les pièces précédemment tournées et décorées. Après cuisson, soit entre 800 et 900 degrés pendant 8 à 9 heures, la terre va devenir le biscuit.
Au moment d’extraire les pièces du four, nous pouvons assister au chant des assiettes qui sont éloignées petit à petit du four.
Avant d’effectuer l’ultime cuisson, le potier applique les glaçures. Ensuite, la cuisson répétée va rendre la glaçure transparente et produire la vitrification qui donne l’aspect brillant, émaillé.
D’où la « Céramique vernissée dite à la « Gaïtsa »

Les symboles

Pour conclure et donner une autre dimension à leur art, les potiers y retranscrivent des symboles qui ont traversés le temps et concernés des peuples et des cultures.

Des messages à certaines valeurs et croyances de la vie…
Les principaux symboles utilisés dans l’ornementation de la céramique sont inspirés de la flore et la faune :
le Coq de Hurez ( emblême du village ), l’arbre de vie, le poisson, le serpent, l’escargot, les perce neige, le sapin.
Les autres symboles essentiels sont la double spirale, l’étoile, la feuille, le soleil, l’épi, la queue et la plume de paon, la fleur, la toile d’araignée, l’oeil, la vague, la maison, la couronne, la danse, l’église, la croix, …

LE RECUEIL DU POTIER

Il n’a pas inventé la terre
Mais la terre lui a donné naissance
Elle l’a élevé et puis l’a fait grandir
Elle l’a fait voler
Elle l’a fait retourner chez lui
Le potier s’est soumis à sa volonté
Et il est revenu en voyageur
vers la terre foncée
Il n’a pas inventé la terre
Mais la terre lui a donné naissance
La terre lui a trouvé un nom
La terre l’a aimé
La terre l’a fait voyager
Et puis l’a fait murir
Il n’a pas inventé la terre
Mais la terre lui a appris à réver
Le vol, l’étoile, la fleur, l’épine, le coq, la toile d’araignée
l’oeil, la vague, la maison, l’escargot, le serpent, le poisson,
la couronne, la danse, l’église, la croix…
Ensuite la terre lui a appris à s’étonner
Le potier n’a pas inventé la terre
Mais la terre lui a donné naissance
Il a seulement suivi un mode de vie
Le potier nous observe encore de là haut
Seulement quand il prend quelques moments
Avec les manches retroussées
Et les mains couvertes de terre
Afin de répandre sur nous poussières de vol, d’étoiles, de fleurs, …